Le monde associatif, acteur incontournable d’une démocratie de proximité
Les prochaines élections municipales constituent un moment décisif pour l’avenir de notre démocratie locale. Dans un contexte marqué par une polarisation accrue du débat public, des urgences sociales, démocratiques et environnementales toujours plus fortes et une défiance croissante des citoyens envers les institutions, ce scrutin représente une occasion majeure de revitaliser notre modèle démocratique.
À l’échelle communale, la proximité crée les conditions d’un lien étroit entre citoyens et décideurs publics. La commune demeure l’espace privilégié où la confiance peut se retisser et où les citoyens peuvent retrouver le goût d’exercer leur pouvoir d’agir pour contribuer à la transformation sociale. Aujourd’hui, 63 % des Français déclarent faire confiance aux associations[1]Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), Baromètre de la confiance politique – Vague 16, Février 2025, réalisé par OpinionWay, Paris, janvier-février 2025, un niveau proche de celui accordé aux maires, seuls élus à dépasser les 50 % d’opinions favorables. Pour revitaliser la démocratie locale, les maires et leurs équipes peuvent s’appuyer sur le monde associatif. Ce qui suppose en effet de reconnaître et de mobiliser les corps intermédiaires, au premier rang desquels les associations. Le renouvellement des équipes municipales offre ainsi une opportunité de repenser les relations entre les communes et les acteurs associatifs pour renforcer les coopérations.
Comme le soulignait Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif, dans son propos introductif de l’événement Droit de Cité, les associations racontent « le récit du réel ». Loin des antagonismes politiques, elles rassemblent par leur capacité à détecter les besoins, les aspirations et les initiatives des habitants. Avec 1,3 million d’associations[2]INSEE, Enquête sur la situation des associations en 2018 – Présentation statistique, Paris, 2018, des millions de bénévoles et 1,8 million de salariés[3]Ibid., le secteur associatif constitue un pilier de la cohésion sociale et de la solidarité à l’échelle des territoires. Il représente près de 10 % de l’emploi privé[4]Ibid., génère des richesses non délocalisables et contribue fortement à l’attractivité locale. Véritables laboratoires d’innovation sociale, les associations agissent aussi comme des remparts contre les fractures territoriales.
Renforcer l’accompagnement et la coopération territoriale
Face à ces enjeux, le Réseau National des Maisons des Associations (RNMA) a choisi de s’engager activement en créant à l’occasion des élections municipales une boite à outils à destination des candidat.es, des élu.es et des futures équipes municipales. Fruit d’une réflexion collective, ce travail s’inscrit en complémentarité des contributions portées par Le Mouvement associatif, le Réseau des collectivités Territoriales pour une Économie Solidaire (RTES), le Collectif des associations citoyennes ou encore l’Observatoire des libertés associatives, tout en affirmant une voix singulière, ancrée dans l’expérience de terrain des Maisons des Associations. Ce plaidoyer rappelle que la vitalité démocratique locale repose sur un accompagnement concret, structuré et pérenne des associations, condition essentielle pour renforcer leur autonomie, leurs capacités d’action et leur contribution à l’intérêt général. Les Maisons des Associations (MDA) jouent, à cet égard, un rôle stratégique d’espaces-ressources, d’appui et de mise en réseau. Les MDA sont des leviers stratégiques pour renforcer l’accompagnement associatif et favoriser la vitalité citoyenne d’un territoire. Elles jouent un rôle multiple :
- Point d’appui à la vie associative : information, orientation, sécurisation des projets associatifs
- Levier de facilitation logistique : mise à disposition de locaux, mutualisation des ressources, appui administratif.
- Mission d’animation de réseau : création de synergies, de mutualisations, structuration du dialogue avec les institutions.
- Garantie des libertés associatives : défense de l’autonomie, de la diversité et du pouvoir d’agir des associations.
Les MDA ne sont pas seulement des espaces physiques, mais elles sont aussi des interfaces entre l’action associative et l’action publique, permettant aux citoyens de « faire de la politique » au sens noble du terme, une politique du faire, de l’engagement concret dans des projets de transformation sociale.
Co-construire l’action publique : un enjeu démocratique et opérationnel
Le plaidoyer rappelle également que les associations ne peuvent être réduites à de simples prestataires de services. Elles sont des partenaires à part entière des collectivités, porteuses d’expertise d’usage, de capacités d’innovation et d’un véritable ancrage territorial. Cette reconnaissance suppose de faire évoluer les modes de relation et de décision vers des formes de gouvernance plus partagées, qui accordent une place pleine et entière aux acteurs associatifs dans la définition, la mise en œuvre et l’évaluation de l’action publique. Leur implication dans la co-construction des politiques publiques est une nécessité démocratique et opérationnelle.
Plusieurs outils, éprouvés sur le terrain, permettent de concrétiser cette ambition :
- Les Chartes d’Engagements Réciproques : pour formaliser une relation équilibrée entre collectivités et associations, comme à Rennes où la charte locale a permis une cogestion des subventions.
- Les Observatoires Locaux de la Vie Associative (OLVA) : pour objectiver les réalités du tissu associatif et éclairer les décisions publiques.
- Les Conseils Locaux de la Vie Associative (CLVA) : pour institutionnaliser le dialogue et la coproduction, à l’image du COCON de Villeurbanne, où associations et élus co-construisent des projets concrets.
Ces dispositifs montrent qu’une gouvernance partagée est possible, même sur des sujets sensibles comme la répartition des financements. Ils prouvent aussi que la co-construction doit être une méthode pour renforcer la légitimité et l’efficacité de l’action publique.
Dès lors, la question n’est plus de savoir s’il faut associer les associations, mais comment construire avec elles une action publique plus légitime, plus innovante et plus efficace. Soutenir le monde associatif, c’est investir dans la résilience des territoires et redonner confiance dans notre modèle démocratique, en montrant que la politique peut être l’affaire de toutes et tous. À l’aube des élections municipales, il nous faut faire des associations de véritables partenaires de l’action publique. Les outils existent, les expériences réussies foisonnent. Il reste à dépasser les postures pour ancrer la co-construction dans les pratiques.
Réseau national des Maisons des associations
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En savoir plus :
Boîte à outils COMMUNES & ASSOCIATIONS : Pour des territoires vivants
- Associations et Communes : co-construire pour des territoires plus vivants - 23 février 2026
- Webinaire RNMA : Quelles sont les formes de soutien à la vie associative du national au local ? - 25 mai 2024
- RNMA nouveau cycle de webinaires : Écrire collectivement le scénario de renforcement du monde associatif - 11 mars 2024
References









