L’Observatoire 2026 de la Fédération Française des Geiq, consacré à l’activité 2025, fait apparaître un paradoxe : alors que le ralentissement économique pèse sur les volumes d’activité du réseau, les principaux indicateurs de réussite des parcours progressent. Avec 204 Geiq, 382 implantations et près de 10 000 salariés embauchés en 2025, le modèle confirme son rôle d’interface entre entreprises, formation et insertion professionnelle.

 

Les Groupements d’Employeurs pour l’Insertion et la Qualification (Geiq) constituent un dispositif original : ces associations, pilotées par leurs entreprises adhérentes, mutualisent un outil de recrutement, de qualification et d’accompagnement. Les salariés recrutés sont employés par le Geiq et mis à disposition d’une ou plusieurs entreprises pendant un parcours en alternance, généralement de 6 à 24 mois. L’objectif est double : permettre à des personnes éloignées de l’emploi d’acquérir une qualification et répondre aux besoins de recrutement des entreprises.

Une activité en recul, mais un modèle qui tient

L’année 2025 a été marquée par un ralentissement de l’activité dans plusieurs secteurs. L’Observatoire fait ainsi état d’une diminution du nombre de salariés embauchés, de contrats signés et de parcours accompagnés. Cette évolution est directement mise en relation avec les difficultés rencontrées par certaines entreprises adhérentes.

Le réseau compte néanmoins 204 Geiq et 382 implantations, réunissant 8 987 entreprises adhérentes. En 2025, 9 651 salariés ont été embauchés et 16 541 salariés ont été accompagnés dans un parcours. Le réseau a géré 17 532 contrats, dont 9 996 nouveaux contrats signés au cours de l’année. La durée moyenne d’un contrat atteint 347 jours, pour un taux de rupture de 13 %.

La structure des entreprises adhérentes illustre par ailleurs l’ancrage du dispositif dans le tissu économique local : 28 % comptent moins de 10 salariés, 33 % entre 10 et 49 salariés, 25 % entre 50 et 300 salariés et 11 % plus de 300 salariés. Les collectivités représentent 3 % des adhérents.

Des parcours majoritairement tournés vers les publics prioritaires

L’une des caractéristiques fortes du modèle réside dans le public accueilli. 89 % des salariés embauchés en 2025 relèvent d’au moins un critère de public prioritaire, certains salariés pouvant cumuler plusieurs critères. Parmi eux figurent notamment les demandeurs d’emploi de longue durée, les jeunes de moins de 26 ans, les personnes de 45 ans et plus, les bénéficiaires de minima sociaux, les personnes en situation de handicap, les réfugiés ou encore les personnes rencontrant des difficultés sociales.

La dimension sociale du dispositif ne repose donc pas uniquement sur la mise en relation entre une entreprise et un candidat. Les permanents du Geiq assurent un accompagnement social et professionnel tout au long du parcours, afin de prendre en compte les difficultés susceptibles de fragiliser l’accès à l’emploi. La Fédération présente cette approche comme une démarche « multidimensionnelle », particulièrement adaptée aux publics éloignés de l’emploi.

Qualification et emploi : les indicateurs progressent

C’est probablement l’un des principaux enseignements de l’édition 2026 : la baisse des volumes ne s’accompagne pas d’une dégradation des résultats des parcours.

En 2025, 92 % des salariés se présentant à l’examen l’ont réussi. 75 % des parcours permettent l’acquisition d’une qualification, tandis que le taux de sortie vers l’emploi atteint 72 %, dont 60 % vers un emploi durable. Les salariés bénéficient en moyenne de 412 heures de formation par ETP.

Ces résultats sont d’autant plus significatifs que le dispositif accompagne prioritairement des personnes rencontrant des difficultés d’accès à l’emploi. L’enjeu n’est donc pas seulement de répondre aux besoins de main-d’œuvre des entreprises, mais de construire des parcours permettant progressivement l’accès à la qualification et à l’emploi.

La Fédération souligne ainsi que les indicateurs relatifs à la qualité des parcours progressent malgré le contexte économique moins favorable.

Un modèle économique largement financé par les entreprises

L’Observatoire apporte également un éclairage intéressant sur le modèle socio-économique des Geiq.

En 2025, 72 % des ressources proviennent de la facturation aux entreprises, contre 15 % pour les primes associées aux contrats de travail, 5 % pour les fonds de la formation professionnelle (OPCO), 4 % pour l’aide à l’accompagnement, 2 % pour les subventions publiques et 2 % pour les autres ressources.

Cette répartition est importante à observer dans le contexte actuel de tension sur les financements publics des acteurs de l’insertion. Elle montre que le fonctionnement des Geiq repose d’abord sur une relation économique directe avec les entreprises adhérentes, tout en mobilisant différents financements complémentaires liés à l’accompagnement, à la formation et aux contrats de travail.

Le modèle repose ainsi sur une forme de mutualisation du recrutement et de la formation : les entreprises se regroupent au sein d’une association pour construire ensemble une réponse à leurs besoins de compétences, tout en intégrant une dimension d’insertion professionnelle.

Des réponses différenciées selon les publics

L’Observatoire consacre plusieurs focus aux publics accompagnés, permettant de dépasser les seuls indicateurs globaux.

Les Geiq ont ainsi embauché 588 personnes en situation de handicap en 2025. Pour ce public, 64 % des sorties sont des sorties vers l’emploi et 52 % vers un emploi durable ; 67 % des parcours permettent l’acquisition d’une qualification et 88 % des candidats obtiennent leur examen.

Le réseau a également accompagné 508 salariés réfugiés. Pour ces parcours, le taux de sortie vers l’emploi atteint 67 %, dont 53 % vers l’emploi durable, avec 77 % des parcours permettant l’acquisition d’une qualification et un taux de réussite à l’examen de 91 %.

Les moins de 30 ans représentent une part particulièrement importante des salariés recrutés : 5 633 personnes ont été embauchées dans cette tranche d’âge en 2025. Pour eux, le taux de sortie vers l’emploi atteint 72 %, dont 59 % vers l’emploi durable, tandis que 75 % des parcours permettent l’acquisition d’une qualification.

Le dispositif ne se limite toutefois pas à l’insertion des jeunes : 1 442 salariés de plus de 45 ans ont également été embauchés en 2025, notamment dans des parcours de retour à l’emploi ou de reconversion professionnelle.

Un modèle particulièrement territorial

L’implantation territoriale constitue une autre caractéristique du réseau. Les 204 Geiq sont présents dans de nombreuses régions et interviennent dans des secteurs très diversifiés : agriculture, agroalimentaire, aide à la personne, BTP, industrie, logistique, médico-social, propreté, sport et animation, tourisme-hôtellerie-restauration ou encore transport.

Cette organisation territoriale permet aux Geiq d’être directement connectés aux besoins des entreprises et aux réalités locales de l’emploi.

En Auvergne-Rhône-Alpes, par exemple, le réseau compte 36 Geiq et 55 implantations, pour 1 666 entreprises adhérentes. En 2025, 1 524 salariés y ont été embauchés et 2 715 salariés accompagnés dans un parcours. Le taux de sortie vers l’emploi atteint 73 %, dont 62 % vers l’emploi durable.

Les Geiq, une illustration concrète de la mutualisation

Au-delà des chiffres, l’Observatoire 2026 met en évidence une caractéristique qui intéresse directement le champ de l’économie sociale et solidaire : la capacité à organiser collectivement une réponse à un besoin économique et social.

Le Geiq n’est ni simplement un intermédiaire de recrutement, ni uniquement un organisme de formation. Son originalité tient précisément à l’articulation de plusieurs fonctions : recrutement, emploi, mise à disposition, formation, qualification et accompagnement social.

Cette organisation repose sur une association d’entreprises qui mutualisent un dispositif qu’elles auraient parfois des difficultés à construire individuellement. Elle permet également de rapprocher des acteurs qui ne poursuivent pas nécessairement les mêmes objectifs immédiats : entreprises à la recherche de compétences, personnes éloignées de l’emploi, organismes de formation, acteurs publics de l’insertion et partenaires territoriaux.

L’Observatoire 2026 des Geiq dessine ainsi un modèle confronté au ralentissement économique mais dont les fondamentaux restent solides :

  • 204 Geiq et 382 implantations ;
  • 8 987 entreprises adhérentes ;
  • 9 651 salariés embauchés en 2025 ;
  • 16 541 salariés en parcours ;
  • 89 % de publics prioritaires parmi les salariés embauchés ;
  • 92 % de réussite aux examens ;
  • 72 % de sorties vers l’emploi ;
  • 60 % de sorties vers l’emploi durable ;
  • 75 % des parcours permettant l’acquisition d’une qualification ;
  • 72 % des ressources provenant de la facturation aux entreprises.

 

Une lecture pour les acteurs de l’ESS

L’intérêt de cet observatoire dépasse donc le seul champ de l’insertion. Il donne à voir une forme de coopération organisée entre entreprises, structurée sous forme associative et reposant sur la mutualisation de moyens, de compétences et de besoins.

Dans un contexte où les associations et les acteurs de l’ESS sont invités à repenser leurs modèles socio-économiques, l’expérience des Geiq mérite à ce titre une attention particulière. Elle montre qu’une organisation associative peut construire un modèle économique largement adossé à une activité économique, tout en poursuivant une finalité d’insertion et de qualification.

L’édition 2026 rappelle enfin que la mesure de l’activité ne peut être dissociée de la qualité des parcours. La nouvelle approche qualitative engagée dans le cadre du renouvellement de l’appellation Geiq, menée auprès de 34 groupements représentatifs du réseau, entend précisément compléter l’analyse quantitative par l’observation des pratiques, des besoins des publics et des entreprises et des difficultés rencontrées sur le terrain.

À l’heure où les tensions de recrutement, les transformations des métiers et les difficultés d’accès à l’emploi se conjuguent, les Geiq constituent ainsi un observatoire privilégié des mutations du travail et un exemple particulièrement concret de ce que peut produire la mutualisation lorsqu’elle associe réponse économique et finalité sociale.

 

 

source: www.lesgeiq.fr

 

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