L’économie marche-t-elle à ce point sur la tête qu’on souhaite la transformer radicalement ?

L’objectif d’un entrepreneur aujourd’hui est-il de voir sa société devenir une Licorne (sociétés dont la valorisation atteint le milliard de dollars), valorisée sur des bases quasiment uniquement financières, et laissant entrevoir une belle plus-value à la revente ? En posant la question de la sorte nous questionnons la place de l’agent économique “entreprise”, quelle qu’en soit la forme, dans la société. Avec ces promesses de rendements futurs et cette valorisation virtuelle, comment ce rouage essentiel de notre économie permet-il la création de richesse, et la redistribution de celle-ci ? Comment fait-il pour s’inscrire et fonctionner à l’échelle d’un territoire, comment permet-il la création d’emplois non délocalisables ?

Ainsi, comment lier cette fonction de rouage social et économique à celle non moins essentielle de rouage sociétal ? C’est à dire entreprendre tout en intégrant au sein même de son projet la prise en compte des enjeux climatiques et sociaux, de l’urgence de ceux-ci.

 

L’entrepreneuriat de demain doit donc être un entrepreneuriat conscient :

  • conscient de la place des hommes et des femmes dans la structure, de l’importance de les intéresser (pas seulement financièrement) au projet de société. Comme on le lit et l’entend de plus en plus, privilégier le principe de société de personnes en opposition aux sociétés de capitaux.
  • conscient de l’impact induit par la production des biens et services : d’où viennent les intrants que j’utilise ; comment pérenniser les relations avec les fournisseurs pour créer une vraie chaîne de valeur, et que cette valeur soit équitablement répartie ; comment “emprunter” les éventuelles ressources naturelles dont la Terre dispose tout en permettant à celle-ci de se régénérer, etc…
  • conscient qu’en proposant des alternatives dans un des “marchés de masse” de la société (alimentation, énergie, finance, mobilité…), une entreprise sera capable de se développer économiquement, de réaliser la croissance nécessaire à son développement, tout en permettant à chacun, chaque citoyen, de s’inscrire par sa consommation dans une recherche d’alternatives. Et les alternatives, dès lors qu’elles touchent une population importante, se transforment de fait en une réelle manière de consommer, de construire, de se développer, et quittent ainsi le marché de niche dans lequel on pouvait les cantonner.

Pour mener le plus loin possible cette proposition de transformation radicale de l’économie, et en opposition aux Licornes évoquées précédemment, s’est constitué un collectif : les Licoornes (non il n’y a pas de faute de frappe !).

Cette association, regroupant aujourd’hui 9 membres, a un credo : montrer que les notions d’intérêt général et de coopération sont compatibles avec celles d’entreprise, d’innovation.

Ainsi, toutes les Licoornes sont des coopératives, sous forme de SCIC (Société Coopératives d’Intérêt Collectif) ou de coopératives Loi 1947.

Elles sont par ailleurs toutes positionnées sur un marché dit de masse, et exercent à l’échelle nationale, l’idée étant de cesser d’assimiler coopérative, innovation et intérêt général, à des “petites initiatives locales, non duplicables à l’échelle nationale”. Un citoyen engagé, ou a minima ouvert à la réflexion sur les alternatives existantes, y trouvera de quoi répondre à ses principaux besoins du quotidien. Il aura avec Telecoop la possibilité de souscrire un abonnement téléphonique, avec Commown le loisir de changer de téléphone portable pour acquérir du matériel réparable et équitable, avec Enercoop d’utiliser les énergies renouvelables pour l’électricité de son logement. La finance est également au cœur de ce qui doit changer, et avec la Nef il trouvera une banque éthique. En termes de mobilité, il trouvera en Citiz, Mobicoop, et Railcoop, des coopératives à même de relever le challenge. Enfin, Label Emmaüs et CoopCircuits repensent la distribution alimentaire et non alimentaire, en privilégiant les circuits courts et la seconde vie des produits.

Au moment même où le sentiment, au sortir de la COP 26, est que la montagne a de nouveau accouché d’une souris, que les ambitions et annonces politiques sont insuffisantes et trop peu suivies d’effets, les Licoornes représentent une manière d’agir, concrète, consciente des enjeux, et durable. Le citoyen n’est pas que consommateur, il est également acteur du changement. Et l’entreprise, notamment sous forme coopérative, n’est pas un simple fournisseur de produits ou de services, elle est au contraire l’endroit où prennent vie les initiatives durables et solidaires, où la richesse, financière et sociétale, se crée.

 

 

Ivan Chaleil, Membre du Directoire de la NEF

 

 

 

En savoir plus :

 

Replay Webinair du 18 novembre 2021 : Découvrir les Licoornes – coopératives pour la transition

 

Tribune cosignée : « Plan de relance France 2030 : le monde d’après attendra ? », Le Club de Medaipart, 10 novembre 2021

 

Les Licoornes, coopératives pour la transition : https://www.licoornes.coop/

Camille DORIVAL : « Transition écologique : qu’attendons-nous pour nous y mettre ? », éditorial Institut ISBL novembre 2021

Pierre Liret : « Scic et CAE : des coopératives pour demain selon l’IGAS », Institut ISBL octobre 2021

« L’Agora des SCIC », organisée par la Confédération générale des Scop, le 16 décembre 2021 à Paris

 

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Ivan Chaleil
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