L’engagement bénévole constitue un pilier essentiel du fonctionnement du secteur associatif[1]Le bénévolat est au cœur de la vitalité associative : https://associations.gouv.fr/lengagement-benevole#:~:text=Le%20bénévolat%20est%20un%20pilier,actions%20et%20assurer%20leur%20développement, en particulier dans le champ médico-social. Les associations gestionnaires d’établissements et de services sociaux et médico-sociaux reposent largement sur l’implication de leurs dirigeants bénévoles, notamment leur président. Toutefois, lorsque cet engagement bénévole dépasse un certain niveau, sa compatibilité avec une activité professionnelle exercée parallèlement devient particulièrement difficile, tant sur le plan organisationnel que personnel[2]Rapport du HCVA sur la gouvernance des associations en 2026. «…les bénévoles sont de moins en moins nombreux à prendre des responsabilités dans les instances de gouvernance…» … Continue reading.
Le cas d’un président d’association médico-sociale[3]Président de l’association Lyonnaise GRIM du secteur médico-social forte de 200 salariés. Elle accompagne 2 200 personnes en situation de handicap psychique.
- Une charge de travail quasi professionnelle[4]Cf. annexe : tableau de relevé de l’engagement bénévole d’un président d’association
L’analyse de l’engagement bénévole d’un président d’association est estimée à plus de 900 heures par an (20 h/semaine). Ce niveau d’engagement montre que la fonction de président ne relève plus seulement d’un bénévolat « classique », mais s’apparente à un engagement « quasi professionnel »[5]La durée légale du travail pour un temps complet du salarié du secteur privée est fixée à : 35 h/semaine ; 151 h/mois ; 1 607 h/ … Continue reading.
L’investissement du président d’association est répartie en trois « pôles » distincts qui montrent la diversité et la complexité des domaines traités :
- La gouvernance : 50% de l’engagement
- Les relations avec les tutelles : 15% de l’engagement
- Les relations partenariales : 28% de l’engagement
| Domaine d’engagement | Volume annuel | Part du total |
| Gouvernance (dont 320 h de travail personnel) | 530 h/an | 57 % |
| Relations tutelles et financeurs | 140 h/an | 15 % |
| Partenariats et collectifs | 260 h/an | 28 % |
| Total | 930 h/an |
Dans le secteur médico-social, cette charge est la résultante de la complexité du secteur et des enjeux[6]
Association : la perte d’une vision politique, Patrick Pozo, 27 juin 2023, Institut ISBL. https://institut-isbl.fr/association-la-perte-dune-vision-politique/ : pilotage stratégique, suivi budgétaire, relations avec les autorités de tarification et de contrôle, gestion des ressources humaines, participation aux instances, et représentation institutionnelle.
L’intensité de l’implication impose une disponibilité régulière, souvent incompatible avec les contraintes d’un emploi salarié ou indépendant. Les réunions en journée, les urgences de gestion ou les arbitrages à rendre rapidement, entrent fréquemment en concurrence directe avec les obligations professionnelles.
- Une incompatibilité structurelle avec une activité professionnelle salariée
Ramené à une base hebdomadaire (10 mois pour 40 semaines) le volume de l’engagement représente 20 heures par semaine, soit la moitié d’un temps de travail à plein temps. Pour un bénévole encore en activité professionnelle, cette charge soulève des difficultés profondes :
- Une surcharge temporelle : cumuler 35 heures de travail salarié (ou d’indépendant) avec 20 heures de bénévolat conduit à une semaine effective de 55 heures, exposant le bénévole à des risques psychosociaux (fatigue chronique, burn-out militant, …)
- Des conflits d’agenda : les instances formelles et institutionnelles (Conseil d’administration, Bureau, MDPH[7]Les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) sont, dans chaque département, le guichet unique d’accès simplifié aux droits et prestations pour les personnes handicapées … Continue reading, CDCA[8]Conseil départemental de la citoyenneté et de l’autonomie : instance consultative, créée par la loi de 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement (ASV), pour renforcer la … Continue reading, comités de pilotage, régulation de l’activité, …) se tiennent principalement en journée et sont par conséquent incompatibles avec des obligations et des contraintes professionnelles.
- Une fragmentation de la disponibilité : la régulation hebdomadaire et/ou mensuelle avec la direction et les collectifs impliquent une présence régulière et prévisible, difficile à concilier avec des contraintes et des charges professionnelles.
- Une absence de cadre légal protecteur : contrairement au mandat syndical ou électif, le mandat associatif n’ouvre aucun droit à congé, aucune compensation, ni autorisation d’absence opposable à l’employeur.
- Des tensions organisationnelles et temporelles
La conciliation entre bénévolat et emploi génère des tensions. L’activité professionnelle impose des exigences de performance et de présence, alors que la fonction associative requiert réactivité, engagement moral et continuité. Cette tension entraîne une surcharge de travail chronique[9]Une grande difficulté à respecter les équilibres de vie et une fragmentation de l’engagement[10]Des priorités et des arbitrages permanents au détriment de l’une ou l’autre activité.. Cet état de fait induit un double risque entre d’une part, une moindre efficacité dans les responsabilités professionnelles et d’autre part, une fragilisation de la gouvernance associative.
- Les impacts personnels et psychosociaux qui interrogent la question de la reconnaissance[11]L’épuisement professionnel des bénévoles du secteur social : quels enjeux en gestion des ressources humaines ? Anne Goujon Belghit, Revue de gestion des ressources humaines 2025/2 n° 136 , … Continue reading
Au-delà des aspects organisationnels, cette situation peut avoir des conséquences significatives sur la santé et l’équilibre personnel. L’accumulation des charges, le stress décisionnel et le sentiment de responsabilité permanente peuvent conduire à un épuisement, voire à un burn-out[12]Le burnout se traduit par un » épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel « . … Continue reading.
Le temps consacré à l’association vient s’ajouter aux obligations professionnelles, réduisant les espaces de repos et de récupération[13]La vie personnelle et familiale est souvent impactée. À long terme, une usure de l’engagement bénévole, pourtant fondé sur des valeurs de solidarité et de sens est à craindre. La difficulté de conciliation interroge la place du bénévolat dans les structures médico-sociale car les dispositifs organisationnels mis en œuvre[14]Délégation accrue aux équipes salariées (direction générale, cadres) ; Partage des responsabilités au sein du bureau ou du conseil d’administration ; Modalités de gouvernance plus … Continue reading se révèlent insuffisants. La question de la reconnaissance du temps bénévole investi se pose. Il devient indispensable de généraliser des dispositifs de valorisation de l’engagement bénévole[15]Comme : des congés spécifiques, des aménagements professionnels, une reconnaissance institutionnelle qui restent insuffisamment développées.
Conclusion
L’engagement bénévole dans la gouvernance des associations est indispensable. Lorsqu’il atteint un niveau proche d’une activité professionnelle à part entière, il devient difficilement compatible avec un emploi exercé en parallèle[16]La conciliation entre une activité professionnelle et un engagement bénévole d’ampleur n’est possible que sous certaines conditions : une grande capacité d’organisation, un environnement … Continue reading. Cette situation appelle à une réflexion sur les modèles de gouvernance, la répartition des responsabilités et la reconnaissance de l’investissement bénévole, afin de préserver à la fois l’efficacité des structures et l’équilibre des personnes qui les dirigent[17]La pérennité des associations médico-sociales repose sur un équilibre subtil entre engagement bénévole et professionnalisation.
Patrick Pozo président du GRIM, association gestionnaire du secteur médico-social
Annexe : tableau de relevé de l’engagement bénévole d’un président d’association

References
| ↑1 | Le bénévolat est au cœur de la vitalité associative : https://associations.gouv.fr/lengagement-benevole#:~:text=Le%20bénévolat%20est%20un%20pilier,actions%20et%20assurer%20leur%20développement |
|---|---|
| ↑2 | Rapport du HCVA sur la gouvernance des associations en 2026. «…les bénévoles sont de moins en moins nombreux à prendre des responsabilités dans les instances de gouvernance…» https://associations.gouv.fr/rapport-du-hcva-sur-la-gouvernance-des-associations-en-2026-propositions-pour-une-nouvelle-approche |
| ↑3 | Président de l’association Lyonnaise GRIM du secteur médico-social forte de 200 salariés. Elle accompagne 2 200 personnes en situation de handicap psychique. |
| ↑4 | Cf. annexe : tableau de relevé de l’engagement bénévole d’un président d’association |
| ↑5 | La durée légale du travail pour un temps complet du salarié du secteur privée est fixée à : 35 h/semaine ; 151 h/mois ; 1 607 h/ an.https://www.servicepublic.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1911#:~:text=Cas%20général,1%20607%20heures%20par |
| ↑6 |
Association : la perte d’une vision politique, Patrick Pozo, 27 juin 2023, Institut ISBL. https://institut-isbl.fr/association-la-perte-dune-vision-politique/ |
| ↑7 | Les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) sont, dans chaque département, le guichet unique d’accès simplifié aux droits et prestations pour les personnes handicapées (enfants et adultes), depuis la loi du 11 février 2005 https://www.monparcourshandicap.gouv.fr/glossaire/mdph |
| ↑8 | Conseil départemental de la citoyenneté et de l’autonomie : instance consultative, créée par la loi de 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement (ASV), pour renforcer la démocratie participative au niveau local. https://www.cnsa.fr/sites/default/files/2025-10/KIT_COMM_Plaquette-couleur-avec-cadre.pdf |
| ↑9 | Une grande difficulté à respecter les équilibres de vie |
| ↑10 | Des priorités et des arbitrages permanents au détriment de l’une ou l’autre activité. |
| ↑11 | L’épuisement professionnel des bénévoles du secteur social : quels enjeux en gestion des ressources humaines ? Anne Goujon Belghit, Revue de gestion des ressources humaines 2025/2 n° 136 , pages 23 à 38, Éditions ESKA. https://shs.cairn.info/revue-revue-de-gestion-des-ressources-humaines-2025-2-page-23?lang=fr |
| ↑12 | Le burnout se traduit par un » épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel « . https://www.anact.fr/sites/default/files/2025-04/anact-epuisement-burnout.pdf |
| ↑13 | La vie personnelle et familiale est souvent impactée |
| ↑14 | Délégation accrue aux équipes salariées (direction générale, cadres) ; Partage des responsabilités au sein du bureau ou du conseil d’administration ; Modalités de gouvernance plus collégiales |
| ↑15 | Comme : des congés spécifiques, des aménagements professionnels, une reconnaissance institutionnelle |
| ↑16 | La conciliation entre une activité professionnelle et un engagement bénévole d’ampleur n’est possible que sous certaines conditions : une grande capacité d’organisation, un environnement professionnel compréhensif, et une gouvernance associative structurée et partagée |
| ↑17 | La pérennité des associations médico-sociales repose sur un équilibre subtil entre engagement bénévole et professionnalisation. |








